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Réflexion sur le réchauffement climatique

20 décembre 2010, 20:13

Michel PIERRE

L’abeille charpentière, la libellule et le réchauffement climatique

Aujourd’hui, nous sommes face à un dilemme climatique. Pour faire simple, nous avons la thèse du GIEC et des thèses d’opposants au GIEC.

1. Thèse du GIEC

Le GIEC part de données réelles, mais en extrapolant avec ses modèles mathématiques nous annonce un réchauffement important pour 2100 de 2 à 6°C selon les scénarios retenus.

Mais qui est le GIEC ?

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC, en anglais Intergovernmental Panel on Climate Change, IPCC) est un organe intergouvernemental, ouvert à tous les pays membres de l’ONU. Il « a pour mission d’évaluer, sans parti-pris et de façon méthodique, claire et objective, les informations d’ordre scientifique, technique et socio-économique qui nous sont nécessaires pour mieux comprendre les risques liés au changement climatique d’origine humaine, cerner plus précisément les conséquences possibles de ce changement et envisager d’éventuelles stratégies d’adaptation et d’atténuation. Il n’a pas pour mandat d’entreprendre des travaux de recherche ni de suivre l’évolution des variables climatologiques ou d’autres paramètres pertinents. Ses évaluations sont principalement fondées sur les publications scientifiques et techniques dont la valeur scientifique est largement reconnue ».
Le GIEC a été créé en novembre 1988, à la demande du G7 (aujourd’hui G20), par deux organismes de l’ONU : l’organisation météorologique mondiale (OMM) et le programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Le Prix Nobel de la paix lui a été attribué en 2007 conjointement avec Al Gore.

Il préconise de diminuer fortement les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère d’ici 2050 afin de limiter l’augmentation de la température moyenne de l’atmosphère. Il faut donc produire plus propre et éviter le gaspillage des énergies par tous les moyens dans les différents secteurs d’activités des transports, de l’habitat, de l’industrie, de l’agriculture … Dans un précédent article nous avons vu que notre planète est limitée en ressources et comme la population continue d’augmenter très vite, il n’est pas raisonnable de continuer de la sorte. On ne peut qu’être d’accord avec le GIEC à condition qu’il ne se trompe pas et qu’il ne nous manipule pas. Quel serait l’intérêt de la majorité des scientifiques de la planète et des gouvernements de réduire les émissions de gaz à effet de serre si c’était faux ? Ils n’ont aucun intérêt, car polluer moins c’est le contraire du profit à court terme. Il faudra aussi changer de comportement afin de réduire ses consommations inutiles comme certains déplacements. Il faut le faire plus par solidarité avec les enfants qui meurent de faim « 18 000 par jour sur Terre », que pour éviter un réchauffement hypothétique dans un siècle. Actuellement les risques environnementaux tuent 5 millions d’enfants par an. 925 millions de personnes souffrent de faim chronique dans le monde, alors que quelques milliers de privilégiés dilapident les richesses de la planète. C’est absolument inadmissible !

2. Thèses divergentes des opposants du GIEC

Plusieurs scientifiques comme Claude ALLEGRE estiment que les activités humaines n’ont que très peu d’influence sur le réchauffement climatique. C’est le cycle du soleil qui en serait la principale cause. Un autre grand scientifique Vincent COURTILLOT démontre que le réchauffement climatique serait d’origine naturelle et causé par le soleil. Des physiciens russes au contraire prédisent un refroidissement climatique « un mini âge glaciaire pour 2020-2030 ». Ce refroidissement serait en marche depuis 2000. Ils ne sont pas les seuls, des chercheurs de la NASA tiennent le même discours.

3. Qui croire ? Que faire ?
Je pense qu’il est plus raisonnable de croire à un réchauffement qu’à un réel refroidissement de l’atmosphère. Nous savons comment réduire les émissions à effet de serre. Polluer moins, c’est meilleur pour notre santé et si çà peut limiter l’augmentation de la température, c’est parfait. Il faut surtout contribuer à la diminution des inégalités entre les pays riches et pauvres. Il faut s’inspirer de la nature dans la vie de tous les jours. Il faut essayer de diminuer son empreinte carbone. Evitez par exemple de vous déplacer comme certains ministres qui prennent un avion personnel pour faire Paris-Bruxelles, c’est pas très écologique, alors que le TGV est aussi rapide et beaucoup moins polluant.

4. Les évidences en météorologie et climatologie sont parfois trompeuses.

L’été 2003 a été un tournant dans notre relation à la météorologie locale et planétaire. On se réfère souvent à cet été le plus chaud enregistré depuis les relevés météo. En Bretagne, nous ne pouvons pas dire que l’été 2003 se soit répété, bien au contraire les étés 2007-2008-2009-2010 ont été plus frais en juillet ou en août surtout en Bretagne du nord. Dans les Côtes d’Armor et pour nous à Lanvollon, le ressenti météo n’est pas le même qu’à Vannes ou que dans le Midi. Cet été 2010, la température de la Manche entre St-Brieuc et Paimpol avait du mal à dépasser les 16°C jusqu’en juillet. Même avec un réchauffement climatique, la météo peut nous réserver des surprises. L’hiver 2009-2010 a été long avec beaucoup de neige à Lanvollon, en Bretagne, en France et en Europe. Même s’il a été froid, sec avec des vents d’est, il n’y a pas eu de températures extrêmes comme en 1962-63. Il a été froid en Europe, aux Etats-Unis, en Russie et en Chine, mais très doux ailleurs, ce qui fait de l’hiver 2010 en moyenne planétaire, un hiver particulièrement doux. En météo, il faut se méfier de la manipulation des chiffres.

5. Comment était le climat en Bretagne et comment va-t-il évoluer ?

1°. Il ya 20 000 ans le climat en Bretagne était très froid, nos ancêtres étaient en plein âge glaciaire. L’Angleterre et l’Irlande étaient recouvertes d’une calotte de glace. La Bretagne était séparée de l’Angleterre par un grand fleuve. Le niveau de la mer était inférieur de 130 m par rapport à aujourd’hui. La superficie de la Bretagne s’étendait jusqu’au milieu de la Manche actuelle..

2°. 950-1900 :La colonisation du Groenland par les Vikings à partir de 985 fut rendue possible par l’existence d’un optimum climatique. Durant l’optimum médiéval, on cultivait l’avoine et l’orge en Islande et la vigne prospérait dans le sud de l’Angleterre et de la Bretagne.
L’Optimum Médiéval a duré de 950 à 1400. Puis le petit âge glaciaire dura de 1400 à 1900 avec des périodes très froides entre 1550 et 1700. Les explications ne sont pas bien claires. Cela pourrait provenir du Gulf Stream qui aurait ralenti, des éruptions volcaniques qui étaient plus nombreuses à cette époque ou bien encore d’une diminution du rayonnement solaire arrivant sur la Terre.
Les années les plus terribles, en France, ont probablement eu lieu, en 1693 et 1709, pendant le règne de Louis XIV. On pense que le froid aurait fait 1,5 millions de victimes, directement ou indirectement par la famine, sur 21 millions d’habitants en 1709.
L’année 1709 : Décembre 1708, fut particulièrement doux. Il faisait 10°C de moyenne. Rien ne laissait présager ce qui allait se passer en début janvier. Un courant d’air venant du pôle Nord s’est dirigé vers l’Europe occidentale. Les températures ont chuté. Entre le 10 janvier et le 30 janvier les températures atteignaient -20°C à - 30°C à Paris ; - 15°C à Bordeaux. Toutes les rivières et fleuves ont gelé. Les moulins ne pouvaient plus tourner, il n’y avait plus de farine, donc plus de pain. Dans les habitations , il ne faisait pas plus de -10°C. Le sol était gelé sur plusieurs dizaines de centimètres. Toutes les cultures (céréales, arbres fruitiers, vignobles) étaient perdues. Les oiseaux gelés, tombaient en plein vol. Le gibier disparu, si bien que les loups s’attaquaient aux hommes. C’est ainsi que l’on découvrit le facteur d’Alençon et son cheval dévoré par les loups. Une anecdote a eu lieu à Paris, où un incendie se déclara. On voulu sonner le tocsin, mais les cloches se brisèrent. Cette période dura 3 mois. L’été 1709 ne connu pas de chaleur, les gelées se sont poursuivies jusqu’en juin. Enfin, "cerise sur le gâteau", la France ne pouvait pas acheter de blé à l’étranger, les caisses du royaume étaient vides, en cette fin de règne de Louis XIV.
Hiver 1788 – 1789 : Cet hiver a été très long et froid, détruisant les récoltes, alors que les réserves étaient déjà épuisées du fait de la sécheresse de l’été 1788, et des orages très violents. Cela aurait favorisé la révolte du peuple et déclenché la révolution de 1789.

Le GIEC nous a-t-il manipulé pour nous faire peur ?
A peu près tout le monde connait - pour l’avoir vue des milliers de fois depuis sa publication en 1998 - la fameuse "Crosse de Hockey" qui a rendu Michael E. Mann célèbre dans le monde entier :
La " Crosse de Hockey " intervenait à point nommé dans le débat sur le caractère anthropique du réchauffement. En effet, elle effaçait d’un seul coup les deux périodes récentes les plus gênantes décrites par les historiens.

Graphique du GIEC 1990 Graphique du GIEC 2001

Entre ces deux graphiques, la disparition de l’optimum médiéval et du mini âge glaciaire arrange bien le GIEC. Il peut ainsi souligner l’influence des activités de l’homme avec son pic de température et de CO2 de 2000. C’est troublant.

3°. Cartes comparatives de la moyenne annuelle des températures en Bretagne pour deux périodes (1971-2000 et 1997-2006).
On constate une élévation de 1°C entre ces deux périodes. La zone la plus froide se limite au sud-ouest des Côtes d’Armor. Les zones à plus de 12.5 et 13.0°C progressent surtout sur le littoral sud de la Bretagne. Apparemment le réchauffement est enclenché.

1971-2000 1997-2006

6. Les insectes et le climat

1°. L’abeille charpentière : Prenons le cas des abeilles. Elles sont apparues il y a 100 millions d’années. Elles ont vécu des périodes chaudes et très froides. L’abeille charpentière était présente en Bretagne au Moyen Age. Elle est représentée dan un livre d’heures « Les Grandes Heures d’Anne de Bretagne ». L’ouvrage est constitué de 476 pages en latin dont 49 enluminures en pleine page et 337 enluminures marginales. La réalisation de l’ouvrage dura de 1503 à 1508. On y trouve d’autres insectes comme les papillons, les libellules, coccinelles, bourdons… L’abeille charpentière ou xylocope (Xylocopa violacea, hyménoptère Apidae) appelée parfois bourdon noir, est l’un des plus grands et impressionnants Hyménoptères d’Europe. Son corps mesure 30mm de long et 50mm d’envergure. C’est une espèce méridionale en expansion vers le nord de la France. J’ai pu observer deux abeilles charpentières en juin 2008 et une autre en juin 2010, à chaque fois il faisait chaud. Comme à l’époque de l’Optimum Médiéval, elles sont plus présentes dans notre région. Elles nidifient dans les vieux bois de feuillus et résineux. Elles sont inoffensives pour l’homme si on ne les agresse pas. La grande taille, la couleur sombre, les reflets métalliques et le puissant vrombissement peuvent faire confondre cette abeille avec un coléoptère.

L’apparition des premiers hominidés d’après les découvertes récentes remonterait à 6 millions d’années. Nos ancêtres comme les abeilles ont connu des périodes alternées chaudes et froides. Il y a toujours eu beaucoup de morts et quelques survivants au cours de ces périodes extrêmes. A ces différentes époques, l’homme ne pouvait que subir les rudesses du climat et de la nature sauvage. Il a pourtant survécu à des périodes glacières sans la technologie moderne. Aujourd’hui, nous avons les moyens techniques si nous le voulons vraiment, d’éviter d’atteindre le seuil irréversible de l’emballement climatique. Nous sommes tous responsables, surtout les plus riches qui consomment en général davantage. Au pire, si nous devons disparaître avec notre technologie d’ici quelques siècles, la Terre retrouverait son équilibre au bout de quelques siècles ou milliers d’années, avec à nouveau une végétation luxuriante et de nouvelles espèces animales quelques millions d’années plus tard.

2°. La libellule :
Je ne peux m’empêcher de penser à cette grande libellule verte que j’ai pu observer le dimanche 17 octobre 2010 par une matinée fraîche au dessus d’une petite mare.. Elle mesurait au moins 10 cm de longueur. C’était une libellule femelle Aeshne verte. Les libellules ont une vie très particulière, elles sont larves 3 à 5 ans dans l’eau, puis en mai, elles deviennent de magnifiques libellules avant de mourir à l’automne « octobre-novembre ». Elles passent l’essentiel de leur courte vie à la reproduction. Elle n’avait plus que quelques jours à vivre et pourtant elle était pleine de vie. Je ne pouvais rien faire pour elle. Il y 4 à 5 ans une libellule bleue « Demoiselle » s’était posée à 3 reprises sur mon doigt. Ce fut un instant simple, mais à la fois magique et inoubliable. Les libellules et les demoiselles sont les seuls représentants actuels du plus vieux groupe d’insectes connus : les paléoptères. Les plus anciennes traces remontent au dévonien et carbonifère : entre 405 et 290 millions d’années. A cette époque les ancêtres des libellules dépassaient 70 cm. Elles ont pu s’adapter aux variations climatiques. Une vie si courte pour le plus ancien représentant des insectes inspire la méditation.

7. Conclusion
L’avenir nous réserve sans doute un réchauffement climatique comme nous le prévoit le GIEC, mais avec un refroidissement possible pour l’Europe de l’ouest, la Bretagne, les Etats-Unis en raison de la perturbation du Gulf Stream causée par la fonte des glaces de l’Arctique et du Groenland. Le réchauffement moyen de la planète ne signifie pas qu’il fera chaud partout, il pourrait même faire plus froid dans certaines régions. Actuellement le soleil est en période de basse activité, ses tâches sombres sont moins nombreuses. Si la situation se prolongeait, nous pourrions basculer vers un refroidissement. Quel que soit cet avenir climatique, nous devons vivre plus simplement et surtout régler le problème de la pauvreté et de la faim sur Terre, si nous voulons survivre à 9 milliards d’habitants. Prenez le temps d’observer la nature et les animaux, vous trouverez vous-même la solution.

Nb : Si des habitants de la Communauté de Lanvollon-Plouha ont pu observer des libellules, des abeilles charpentières, des papillons sphinx, des frelons européens et d’Asie ou d’autres animaux, ils seraient gentils de décrire sur un papier leurs observations avec le lieu et la date, leurs noms s’ils le souhaitent et de le déposer à la mairie pour la commission communication. Ces données pourront servir à mieux connaître la faune de notre territoire et seront transmises à Eau et Rivières de Bretagne et à d’autres associations. Merci

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