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La discipline de l’action stoicienne et… citoyenne par Thierry Raffin - 29 mai 2011

« tu dois travailler au bien des hommes, servir la société humaine, toi à qui la nature, en ce qu’elle a de plus essentiel, commande de tenir ton intérêt pour identique à l’intérêt commun et inversement l’intérêt commun pour identique au tien, tu cacherais aux hommes la venue prochaine en abondance des aliments nécessaires à leur vie…tu le dois, si tu te rappelles qu’il existe entre les hommes un lien de société voulu par la nature. » (Ciréron - Traité des Devoirs)

Cette citation de Cicéron extraite de son traité des Devoirs constituera la trame de ce point de vue qui arrive en écho de celui d’Alain il y a quelques semaines (Le 3ième âge) . Bien qu’il n’appartint pas à leur école du Portique, Cicéron a repris largement dans son traité les préceptes des stoiciens en matière de morale. Nous voilà ainsi ramenés à l’antiquité romaine mais plus fondamentalement grecque, à cet âge de la pensée qui a forgé notre culture européenne (et occidentale par voie de conséquence), qui nous a légué cette ambition d’un idéal démocratique, que l’on a su un temps développé, mais qui semble aujourd’hui être mis à mal. Mais c’est un autre sujet. Mon propos aujourd’hui portera plutôt sur la réalisation de la Cité, notion chère à nos ancêtres grecs, plus encore que celle de démocratie. Pour eux d’ailleurs, la Cité n’est pas simplement une notion, une simple vue de l’esprit. C’est une réalité sacrée. Et ce sont les stoiciens peut-être qui ont le mieux mis en exergue cette morale de la Cité au cœur même de leur vie(sion) philosophique.

Ainsi l’un des stoiciens les plus célébres par ses Pensées, l’empereur Marc Aurèle nous livre parmi ses fameuses maximes celle-ci :

« ta seule joie, ton seul repos : passer d’une action accomplie au service de la communauté humaine à une action accomplie au service de la communauté humaine, accompagnée du souvenir de Dieu… »

Bien sûr on pourrait penser qu’avec une telle référence à Dieu, le propos pourrait être remisé aux calendes grecques, apparaître désuet, d’un autre âge, hors de propos, bref « démodé ». Il faut rappeler que le Dieu des stoiciens n’est pas ce Dieu unique à figure anthropomorphique de la tradition chrétienne. Non ce Dieu est immanent à l’ordre de la Nature et il s’exprime en l’homme par le Logos, c’est-à-dire sa raison. Nous sommes appelés à l’ordre de la sagesse plus qu’à l’ordre de la croyance. Etre « accompagné du souvenir de Dieu » signifie ici « agir en conscience », faire œuvre de raison. C’est ce que Marc Aurèle explicite bien dans une autre de ses pensées :

« Il faut bien réfléchir un peu à ce que l’on fait, et c’est, dit-on, le propre de l’être qui vit en société, de comprendre qu’il agit pour le bien commun et de désirer tout au moins, par Jupiter, que son compagnon qu’il oblige le comprenne aussi. »

Ainsi apparaît que cette vision stoicienne du monde est bien éloignée de ce qu’on lui associe communément de n’être qu’une morale faible (ou pour les faibles) de la résignation. Bien plutôt il s’agit d’une véritable discipline de l’action qui va de pair avec une discipline de l’esprit qui exige une capacité à contrôler tant son jugement que ses désirs (sur ce sujet un beau livre du philosophe de l’antiquité Pierre Hadot sur « une introduction aux pensées de Marc Aurèle » ). Dans ce livre Pierre Hadot précise que « l’intention stoicienne n’est pas une ‘bonne intention’ mais une ‘intention bonne’, c’est-à-dire ferme, déterminée, résolue à vaincre tous les obstacles ».
Marc Aurèle encore une fois enfonce le clou :

« Ce que je fais, à moi seul ou avec le secours d’un autre, ne doit jamais avoir qu’un seul but, l’intérêt commun et la bonne harmonie du monde. »

Tout cela est bien beau, mais n’est-ce pas utopique, comme pouvaient l’apparaître aussi à leur manière les sages propos d’Alain (notre président) dans son dernier point de vue ? Comment faire pour faire ? Oui c’est bien là la question et il faudra sans doute y revenir. Mais disons tout de suite que c’est bien là aussi le cœur de la morale stoïcienne des devoirs de la raison et de la conscience qui prend toute sa valeur et sa force pour inspirer une morale de l’action citoyenne.
Et pour dire encore qu’il ne s’agit pas là d’une morale désuette je laisse le mot de la fin à notre empereur stoicien :

« La cité, la patrie, pour moi en tant que je suis Antonin, c’est Rome ; mais en tant que je suis un être humain, ma patrie, c’est le monde. Tout ce qui est utile à ces deux Cités, c’est pour moi, le seul Bien »


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