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Compte rendu réunion sur le vieillissement - 20 mars 2007
Yannick Perrot - 16 avril 2007

Etaient invités : les présidents des CCAS, les directrices des foyers-logements, les membres du groupe solidarité du Conseil Citoyen, les Comités d’entraide, les ADMR, Les directrices des « CLIC », les responsables des services santé du Pays de Guingamp, les élus et le service à la population communautaires.

Durant deux heures, les présents ont débattu du vieillissement sur le territoire communautaire. Cette rencontre fait suite à une enquête du groupe solidarité concernant le recensement de la couverture des besoins vitaux des personnes âgées.

En préambule, l’animateur, A. Fesselier, précise bien qu’il s’agit d’une projection sur les trois, voire les dix années prochaines en tenant compte d’éléments incontournables :
En 2030, 40 % de la population dépassera les 60 ans,
L’attachement de la personne à sa terre, à son village, donc son isolement,
Le rôle des aidants naturels ne cesse d’évoluer,
Le vieillissement reste inégalitaire d’un point de vue matériel.

Il est proposé d’articuler la réflexion en présentant 3 témoignages imaginés de personnes âgées. Pour chaque situation, les commentaires nombreux permettent de faire émerger des actions dans l’intérêt de la personne mais aussi de son entourage.

A) « A quoi cela sert-il de vouloir sans cesse gagner des années de vie si c’est pour se morfondre dans ma maison en milieu rural. Je ne peux plus me déplacer au bourg depuis que Léontine est rentrée au foyer logement de Lanvollon. Pourtant, avec sa R4, je pouvais aller faire mes courses à la supérette ou aller aux enterrements. Mes enfants habitent sur ST Brieuc. Ils ne viennent qu’une fois par mois et encore, à condition qu’il n’y ait pas la course de vélo du petit dernier. Le reste du temps je regarde la télé… au fil du temps, elle est devenue ma fidèle amie. Ah oui, je reçois les invitations du club pour les fêtes, les repas. Ca me casse la tête tout ce bruit. A se demander, si au final, ils feraient pas mieux de tous nous regrouper en ville ».

A son domicile, une personne âgée manque cruellement de vie sociale et n’a souvent plus que la télé pour lui tenir compagnie. A la cessation d’activité, les relations professionnelles, qui finalement occupent une place importante des échanges journaliers, s’estompent et le retraité risque de vivre replié sur lui-même.

Le marché du travail du 21ième siècle amène une fracture entre les générations. La mobilité des nouvelles générations génère un éloignement physique qui provoque aussi un éloignement affectif ; la présence qui est irremplaçable permet généralement le réconfort rapide des intéressés.

La génération des « 30 à 50 ans » habitant souvent à plusieurs centaines de kilomètres, cet éclatement des familles éloigne les enfants et les petits enfants des racines familiales. Même si le téléphone et internet sont d’utilisation rapide et régulière, le contact humain se limite à quelques journées par an et laisse une grande frustration des individus. Si, jusqu’au milieu du siècle dernier, plusieurs générations vivaient sous le même toit, cette situation est désormais exceptionnelle. Les aînés sont donc souvent seuls pour assumer leur dépendance grandissante avec l’âge : il faut donc apporter des réponses individuelles ou collectives à ces situations. Mais attention, les enfants sont souvent tenter de prendre des décisions radicales pour vivre en toute tranquillité (Maison de retraite, foyer-logement, long séjour…). Il faut laisser le choix à l’intéressé et certainement pratiquer l’accompagnement dans ses décisions.

Chacun souhaite maintenir des relations importantes avec ses petits-enfants et cela demande inévitablement quelques accommodements.

Néanmoins, les personnes âgées doivent réapprendre à vivre ensemble dans le cadre des relations naturelles de la vie de tous les jours.

B) « Quand maman a eu une fracture du col du fémur, l’hôpital nous a conseillé de la prendre quelques jours à la maison…au final, elle est restée six mois parmi nous. Au début, mon mari et mes enfants ont trouvé ça cool…Ca a commencé à devenir pesant quand mon aîné, qui est au lycée, m’a demandé quand sa grand-mère rentrerait chez elle. Il se lève tôt le matin, et la nuit ma mère me réclamait souvent et le réveillait. Le WE du 1er mai, a été épouvantable. Paul, mon mari, voulait que l’on parte sur l’Ile de Bréhat. Je lui ai dit que ce n’était pas possible. Même si maman avait recommencé à marcher, j’avais peur de la laisser seule…Paul y est allé avec les enfants et je suis restée à la maison avec elle. A son retour, il m’a reproché de ne penser qu’à moi…depuis que ta mère est ici, on n’a plus de temps à nous…Par la force, il m’a fallu accepter que maman puisse retourner à son domicile…j’ai l’impression de l’avoir trahie… »

En observant que la personne âgée souhaite « vivre sa vie » cela use les aidants, des structures doivent voir le jour afin de venir en soutien aux cellules familiales qui demandent, pour souffler un peu, à être régulièrement déchargées de leur dévouement.

Il apparaît essentiel d’avoir des lieux d’accueil à la demande pour une journée, un week-end… afin de soulager un aidant ou un conjoint pour lui donner un espace de liberté.

Un panel de propositions doit permettre de répondre aux demandes occupationnelles, d’échanges, ou encore de soins. Une structure pourrait répondre au mal-être, quel qu’il soit car il s’agit bien de cela : les désidératas des personnes ne sont pas uniformes. Il ne s’agit pas non plus de remplir un tableau en cochant des cases….Toute la difficulté est alors de trouver la réponse adaptée au souhait de l’interlocuteur ; nous devons admettre la différenciation des offres d’aides aux personnes.

De plus, il faut noter que la solidarité familiale évolue et les nouvelles générations ne sont pas prêtes à accueillir leur parent à leur domicile (On ne trouve pas souvent de chambre avec coin de toilette au rez de chaussée des habitations..). L’envie d’accueillir un parent doit aussi être vulgarisée au travers d’actions innovantes.

Une association se nomme « vieillir c’est vivre »( elle organise le Café des Ages…). Il faut certainement laisser voire inciter la personne âgée à continuer de jouer un rôle dans la société. L’expérience acquise est véritablement une richesse pour les générations plus jeunes : des activités communes sont certainement envisageables de manière formelle (écoles, foyers-logements, associations des aînés…) ou tout simplement en fonction des rencontres sur les sentiers de randonnée, dans les espaces de jeux, les bibliothèques… Un proverbe chinois rappelle « qu’un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle ».

On se doit de donner aux Aînés le droit de choisir de prendre des risques, c’est une suite logique de la vie passée ; sans initiatives, l’individu se replie sur lui-même.

Il ne faut pas perdre de vue que ces personnes sont attachées à vivre dans leur campagne, qu’elles adhèrent à ce rythme, leur bonheur est peut-être bien là.

C) « Depuis que Jean a la maladie d’Alzheimer, je me fais beaucoup de soucis. Tenir ma maison, ça demande du travail à mon âge. J’ai 85 ans. Depuis que j’ai oublié d’éteindre le gaz un soir, mon fils Henri m’a dit qu’on devrait songer à aller en maison de retraite. J’ai préféré aller jusqu’au bout mais là je suis fatiguée. Demain, on rentre à l’hôpital. Au moins, il aura du monde pour s’occuper de mon Jean. Moi je verrai plus de gens qu’ici, je pourrais peut-être faire des activités. Ce qui me chagrine, c’est que ma famille ne sera pas aussi libre pour venir me voir…peut-être que l’on aurait pu trouver une solution pour aller de temps en temps en repos et revenir à la maison…mais bon paraît que c’est difficile et que ça coûte cher ! »

Les dispositifs collectifs sous la forme de maisons de retraite ou de foyers-logements satisfont essentiellement les besoins vitaux et médicaux.

Nous parlons souvent de relations intergénérationnelles, les activités sont peut-être trop artificielles. Ne faudrait-il pas une « maison de la grande enfance » accolée à la maison de la petite enfance ? Un centre de loisirs attenant aux foyers-logements ? Nous avons tendance à « guettoriser » nos populations, à rassembler un seul public dans un même lieu.

Dans tous les cas de figure, travail à domicile ou en accueil collectif, les responsables apporteront beaucoup d’attention aux critères de recrutement et aux stages des salariés. De toute évidence, les personnels seront très compétents ; leur formation ne sera pas négligée et ces femmes (pour la plupart) devront avoir un statut enviable.

Il semblerait intéressant de réaliser un accompagnement psychologique au moment de cette seconde vie qui mérite beaucoup d’attention de la société.

Les décennies prochaines verront croître le nombre de retraités pauvres, conséquence de la précarité de l’emploi qui a généré de faibles salaires et des réformes des retraites qui écornent les pensions.

L’espérance de vie grandissante amènera la société à trouver des réponses adaptées à cette évolution.

Nous devons imaginer un accompagnement pour « aider à faire » afin de limiter l’usure des aidants. Par ailleurs différents « parcours » seront à envisager.


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